Les Enfants du Brésil, une aventure identitaire

Cinquième roman de l’écrivain togolais Kangni AlemLes Enfants du Brésil, paru en juillet 2017 aux Editions Graines de Pensées (Togo) et Frat’Mat Editions (Côte d’Ivoire), est une fiction historico-scientifique, au relent d’aventure.

Entre voyage d’étude et histoire d’amour, cette œuvre embarque le lecteur dans un récit entre TiBrava, un territoire romanesque de l’auteur, et le Brésil. Il y est question d’un « trio d’amour malencontreux » qui se réduit à une idylle entre Santana sur les traces de ses ancêtres au Brésil et la séduisante Dalva dont le regard est tourné vers l’Afrique de ses ancêtres.

Dans ce roman de 204 pages au format poche, l’auteur plonge le lecteur dans les scènes de séduction et de sensualité de Paula et Dalva, dans le circuit touristique et historique des villes de Rio de Janeiro, Salvador et Récife, en passant par la lecture de rapports de police relatives aux épaves de bateaux négriers.

Un mort introuvable

De la romance à l’humour, l’on expérimente également avec émotion et passion, l’humour tragique de la mort du prétendu frère de Dalva, un « vieux chat » baptisé Eric. La découverte de l’identité réelle de ce « vulgaire animal » aura valu au narrateur amant « un effort surhumain pour ne pas éclater de rire » en face de son amour endeuillé. Une séquence romanesque qui, tel dans un « flashback » filmique, réveille les instincts délicieux des mangeurs de chats de TiBrava, instincts délictueux sous d’autres cieux.

Mémoire afro-brésilienne

À travers ce roman, l’universitaire togolais conduit le lecteur à la recherche d’une identité, d’un lien entre les Brésiliens et les Agoudas, terme local utilisé au Togo et au Bénin pour désigner les Afro-brésiliens, plus précisément les descendants d’esclaves affranchis du Brésil et venus s’installer dans les pays côtiers du Golfe de Guinée, entre le 18e er 19e siècle. Mais au sein de la génération actuelle des Afro-brésiliens, aussi bien en Amérique qu’en Afrique, le mystère demeure actuel d’une nostalgique quête existentielle et identitaire des ancêtres dont la mémoire plane toujours dans l’âme individuelle et collective de leur postérité. Un autre délice narratif, les histoires fictives et historiques de Velázquez, un personnage épique dont les révélations sont des étincelles sur les mystères afro-brésiliens, notamment de Ma Carnelia, la grand-mère de Santana.

Un carnet de voyage anthropologique

Le rapport à l’esclavage est très présent dans l’univers romanesque de l’auteur qui a déjà abordé ce sujet dans son roman Esclaves paru aux Editions Jean-Claude Lattès en 2009 (France), roman évoqué par le narrateur dans Les enfants du Brésil. L’esclavage a inspiré de nombreux autres auteurs africains, à l’instar du béninois Florent Couao-Zotti dans Les Fantômes du Brésil paru chez Ubu en 2006, une histoire d’amour impossible entre Pierre, un homme de Ouidah, et Anna-Maria, une afro-brésilienne.

Au-delà de la démarche historique, ce cinquième roman de Kangni Alem comporte un fonds scientifique basé sur la lecture des rapports de police ou l’étude des épaves de navires.  Cette œuvre est née d’un séjour de l’auteur au Brésil, ce pays sud-américain porteur d’un énorme patrimoine anthropologique et riche en cultures africaines. Le récit est nourri des souvenirs d’enfance de l’auteur, et de réflexions socioculturelles.

De son vrai nom Kangni Alemdjrodo, l’auteur, 51 ans, a soutenu une thèse de doctorat en littérature comparée en 1999 à l’Université de Bordeaux 3, en France. Il est enseignant de littérature dans les universités togolaises.

Charles Ayetan

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